Life is life...
21 ans. Fin des études. Bac + 5. Il parait que "ça fait bien".
Entrée en fanfare dans la vie active, aux commandes de la production d'une agence d'événementiel.
Je passais alors mes journées dans des salles privées, invité par tous les attachés de presse de cinéma de Paris. Je voyais avant tout le monde (avant même les journalistes), des films géniaux, qui seraient livrés en pâture à la critique et au grand public des semaines plus tard.
Le soir, je hantais les cocktails mondains, ou les soirées que j'organisais. Prolongement de la vie d'étudiant. Le strass, le glamour, les paillettes.
Le Musée Guimet transformé le temps d'une nuit en palais des mille et une nuits, avec porteurs de flambeaux à l'entrée (ils étaient mignons, ces gars… choisis tout spécialement par… moi-même ! vous imaginez…).
Les Champs Elysées bloqués par un tapis rouge, pour accueillir 500 invités triés sur le volet, pour une avant première de film.
Et moi, tenant le joystick qui menait toute la barque. A 21 ans. Quand j'y repense, ma patronne de l'époque était totalement cinglée de me laisser faire. Ceci dit… elle avait vraiment un grain.

Un jour, elle est arrivée, en me déclarant avoir rencontré Dieu la veille au soir.
Elle s'est enfermée dans son bureau, et s'est mise à écrire. Deux mois plus tard, elle en ressortait, un manuscrit à la main. Deux exemplaires, envoyés à des éditeurs. Deux appels immédiat, pour la publier. Un mois plus tard, elle était en tête des ventes dans l'Express,et passait à Ex Libris. La célébrité pour elle. Les emmerdes pour moi !
Je restais quasi seul, pour gérer les "affaires courantes". Une bagatelle, ces quelques centaines de milliers de francs (eh oui, toute une époque !) que je brassais quotidiennement.
Vous voulez organiser une soirée ? Mais bien sur, cher monsieur. Et avec ceci, une petite coupette ? Mais voyons, y'a qu'à demander. Et hop, la facture…
Cette vie n'eut qu'un temps. Comme le reste.
De guerre du Golfe en récession économique, le secteur a morflé. Méchamment.
Il semblerait que j'en aie connu les derniers errements. La majeure partie de mes amis de l'époque ont quitté le milieu. Trop de tout. Trop de champagne, de petits fours, de ronds de jambe. Certains se sont suicidés. D'autres sont (re) partis en province, cherche un peu de calme et tenter de se construire une vie différente.
Moi, je suis resté. Frèle rescapé d'une époque révolue, où l'argent coulait à flots, où les clients dépensaient sans compter. Aujourd'hui, le secteur est reparti un peu. Dommage, je n'en fais plus partie.
De temps à autres, les cartons d'invitation arrivent encore dans la boite aux lettres. De moins en moins. Les attachés de presse ont changé. Je ne les connais plus. Je n'en ai plus envie…
Je fais autre chose. Ailleurs. Mais parfois c'est vrai, les paillettes me manquent un peu. Moi, l'ancien élève du conservatoire, qui voulais briller sur scène, je suis enfermé entre 4 murs. Certes, mon bureau est plutôt grand, et la vue sur le parc est plutôt agréable.
Mais bon… ça reste un bureau.
Certes également, il ne tiendrai qu'à moi de tout changer. Mais je vous l'ai déjà dit : je suis fainéant !!
Les diplômes sont passés comme une lettre à la poste. Le Prix du conservatoire aussi.
Pendant quelques années, j'ai "tenté ma chance". Je n'ai pas forcément fait les bons choix. Mais je suis resté fidèle à mes principes, et c'est probablement là l'essentiel.
(Pour vous, mes fidèles lecteurs, et à la demande d'un d'entre vous en particulier, le même jeune homme, mais vu de face… Parce que je le vaux bien !)